26 novembre 2018

L’isolation avec matelas de chanvre

(photo : courtoisie de Nature Fibres)

Très populaire chez les écoconstructeurs en France, l’isolation naturelle avec des matelas de chanvre est possible au Québec depuis quelques années. Et l’implantation récente d’une usine de transformation à Asbestos permet de les fabriquer à partir de cultures locales. L’entreprise québécoise Nature Fibres y produit des matelas de chanvre industriel qui s’installent aussi facilement que les laines de verre ou de roche.

Les premières expériences en Amérique du Nord avec ce matériau isolant ont été faites par la compagnie MEM (Matériaux écologiques pour la maison) de Rimouski. Il y a huit ans, elle importait le chanvre de Bretagne (en France) et le transformait en nattes en y ajoutant 15% de polyester, un liant utilisé dans l’industrie textile qui offre une excellente résistance aux écarts de température. Cet ajout de polyester est maintenant réduit à 12% et on vise le réduire encore à 8% selon Sébastien Bélec, vice-président de l’entreprise d’Asbestos.

Pour élaborer des produits isolants à base de chanvre à plus grande échelle, MEM est devenu partenaire de Nature Fibres qui propose un éventail de produits : matelas NaturChanvre de différentes épaisseurs, blocs NaturChanvre [1] et chènevotte en vrac [2] pour la fabrication artisanale d’isolation en chanvre coffré par exemple.

Les avantages de l’isolant en chanvre en font une excellente option écologique :

  • Le facteur isolant est sensiblement le même que ses concurrents à base végétale ou minérale, soit R20 pour un matelas de 5,5 pouces et R13 pour une épaisseur de 3,5 pouces.
  • En plus de ses propriétés isolantes, le chanvre est insonorisant et hygroscopique (il absorbe et restitue l’humidité sans perte d’efficacité).
  • La laine de chanvre a une faible énergie grise [3] évaluée à environ 48 kWh/m3.
  • La culture du chanvre industriel ne nécessite aucun intrant, très peu d’eau et elle enrichit les sols. De plus, pour la même période de croissance, le chanvre fixe cinq fois plus de CO2 que le bois.
  • Le chanvre est hypoallergène et non irritant : il est donc inutile de porter un masque lors de l’installation et les gants ne sont pas obligatoires.
  • Cet isolant résiste très bien aux insectes et aux rongeurs à cause de la silice qu’il contient.

Le seul aspect qui peut rendre cet isolant moins attrayant parmi les autres produits offerts est son prix de vente qui est trois fois plus élevé que la laine de verre et 50% de plus que la laine de roche. Cet écart s’explique facilement : l’isolant de chanvre est le seul isolant au Québec à être fait avec de la matière première non recyclée. En d’autres termes, le chanvre doit être cultivé et les producteurs reçoivent une juste rémunération. Mais pour réduire son empreinte écologique, c’est une option à envisager sérieusement à cause de ses nombreux avantages.

[1] Les blocs de chanvre s’installent selon les techniques rudimentaires de la maçonnerie.
[2] La chènevotte est « le cœur de la tige de chanvre qui est utilisé comme un isolant poreux. On la combine avec la chaux aérienne (liant naturel), l’eau et la terre cuite broyée pour obtenir le fameux « béton de chanvre ». Le béton de chanvre enveloppe la structure du bâtiment et remplace le système d’isolation de la maison ». https://www.chanvrequebec.com/construction
[3] L’énergie grise est mesurée en kWh et les chiffres proposés pour chaque matériau est la somme d’énergie nécessaire à sa production incluant : sa récolte ou son extraction, sa transformation, son conditionnement, son transport; à cela il faut ajouter l’énergie pour l’éliminer ou le recycler en fin de vie. Par comparaison, pour une même densité, l’énergie grise d’un isolant à base de laine de roche est de 246 kWh/m3 et celle de la laine de verre est de 538 kWh/m3.

Sylvain Campeau

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