3 avril 2018

Un premier gite écologique

Pendant l’hiver 2017, un premier gite écologique a été installé… pour les canards. Il s’agissait d’une expérience et je n’avais pas trop d’attentes sur sa fréquentation par la gente ailée car il faut souvent installer plusieurs nichoirs avant d’obtenir une première nichée.

J’ai trouvé un plan sur internet et je me suis procuré du pin brut pour la construction d’un premier modèle. Nous l’avons installé à quelques mètres du rivage, sur un arbre sain et isolé, au fond du plan d’eau pour que les canards soient tranquilles.

Au printemps suivant, je n’ai pas eu le temps d’assurer le suivi car j’ai été absorbé par le déboisement du chemin vers le lac. Nous avons toutefois remarqué la présence de canetons sur le lac lors de nos balades estivales en kayak, sans faire de lien avec l’installation du nichoir.

À la fin de l’été, la porte du nichoir était légèrement ouverte et on voyait des plumes déborder au bas du nichoir. Une porte sur le côté sert au nettoyage annuel du nichoir et comme elle était difficile à ouvrir, je n’avais pas installé de mécanisme pour la verrouiller. En voyant la porte dans cet état, j’ai pensé qu’un prédateur avait visité le nichoir. En examinant l’intérieur, nous avons trouvé un œuf non éclos mais aucune coquille brisée et presqu’entière, un signe de prédation. Nous en avons conclu que les canetons observés pendant l’été pouvaient provenir du nichoir.

La taille, la forme et la couleur d’un œuf sont de bons indices pour déterminer l’espèce qui l’a pondu. Il était blanc, de la grosseur d’un œuf de poule [1] mais de forme presque ronde. Si on procède par élimination parmi les espèces qui fréquentent les nichoirs artificiels [2], le meilleur candidat pour ce type d’œuf est le Harle couronné. Mais il est impossible, sur cet indice isolé, de déterminer si c’est cette espèce qui a utilisé le nichoir. L’incertitude vient de l’observation d’œufs de Harle couronné dans des nids de Canard branchu et de Garrot à œil d’or (Harrison, 1975).

Mais comme les canards ont tendance à revenir au même site de nidification, il ne serait pas étonnant de les revoir au printemps prochain et nous serons plus attentifs pour les observer discrètement et tenter une identification formelle. Pendant l’hiver, nous avons nettoyé le nichoir et nous en avons installé un deuxième à une centaine de mètres du premier pour offrir un meilleur choix aux canards. Dans les prochaines années, nous poserons d’autres gestes dans le même sens pour favoriser la biodiversité sur la terre.

[1] La taille exacte de l’œuf resté au nid était de 50,7 x 44,8 mm.
[2] Le Canard branchu, le Garrot d’Islande, le Garrot à œil d’or, le Petit garrot, le Harle couronné et le Grand harle sont tous des canards qui nichent dans des cavités naturelles mais qui utilisent aussi les nichoirs de fabrication humaine.

Hal H. Harrison, Eastern Bird’s Nest, New York, Houghton Mifflin Compagny (The Peterson field guide series; 21), 1975, 257 p.

Sylvain Campeau

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